Karim Kal

« Blocks »
à la galerie Sandra Nakicen, Lyon 7ème

Vernissage le jeudi 22 septembre à 19 h
Exposition 14 septembre au 12 novembre 2011

 


Karim Kal, Evry, photographie noir et blanc, 134 x 104 cm, 2011, copyright Karim Kal

En 2010 la cité des Pyramides d’Evry apprend qu’elle a reçu le label Patrimoine du XXème siècle créé par le Ministère de la Culture et de la Communication. Le lendemain elle apprend également que La Poste décide de réduire le nombre de ses tournées dans cette zone jugée trop dangereuse. Cette situation paradoxale met au grand jour presque simultanément une fausse reconnaissance
et une réelle exclusion. Ironie, tragédie ?

Ce fut en tous cas un élément déclencheur pour Karim Kal, qui débute l’année avec son projet L’Arrière-pays par une résidence de quatre mois à Evry, focalisé sur les Pyramides. Ce travail est aujourd’hui en cours et s’est déplacé à Lyon dans le 8ème arrondissement, aux alentours de la salle de prières Paul Santi, territoire lui-aussi particulièrement sensible. L’artiste a désiré se raconter à travers son rapport aux cités HLM, points de chute des populations immigrées, faisant la une de l’actualité pour leur violence et leur misère.

Les photographies s’éloignent des clichés de la banlieue. Les signes habituellement véhiculés par les médias sont absents, il y a très peu de graffitis, aucun personnage et donc pas de vêtements, d’attitudes particulières, d’identification à une culture ou à une autre. L’attention est portée uniquement sur l’habitat et ses alentours immédiats. L’artiste a voulu nous montrer d’une manière totalement subjective son ressenti face à ces lieux de vie, retranscrire par l’image ses émotions, très loin d’un résultat documentaire.

Empreintes d’une poésie dont le rythme est initié par la lumière, les photographies s’attachent àrévéler le potentiel dramatique que suscitent ces paysages urbains. Toutes sont prises au flash, ce qui permet à la fois de pointer un élément et d’obscurcir le reste. Elles sont aussi systématiquement rééclairées, ainsi chacune des sources lumineuses, lampadaires, veilleuses de cage d’escaliers, semblent se transformer en de puissants projecteurs. Dans la série lyonnaise, ce jeu d’éclairage prend une résonance particulière au vue des dispositifs sécuritaires. En plus des caméras, de puissants spots sont fixés sur les toits de nombreux immeubles, à proximité des fenêtres des appartements, afin d’éclairer le pied des bâtiments pour éviter les zones d’ombre. La marginalité inhérente à ce que sont devenus les cités se voit renforcée par ces outils de contrôle. Les efforts effectués visent à réprimer les conséquences d’une situation dont on évite systématiquement de traiter les causes.

Bien que non exhaustif, cet éventail d’architectures devient une sorte de typologie de l’habitat collectif pour ces deux quartiers. Le noir et blanc s’est imposé de lui-même, aussi bien pour ren- forcer les effets de clair-obscur que pour questionner la dimension patrimoniale à ces cités. S’il n’y a pas d’individus sur ces images, c’est pour ne pas illustrer une histoire particulière mais bien replacer ces territoires dans une histoire générale. L’identification sociale à laquelle nous renvoie ce type d’immeuble est forte. Le bâti, et notamment ces constructions d’envergure que sont les logements collectifs, nous confronte directement à l’institution. Ils nous renseignent sur le rapport que l’Etat entretient avec sa population, sa considération, son implication. C’est un moyen de lire la philosophie d’une société. Ces logements sont réservés aux plus modestes, voire aux exclus. Leur architecture possède une histoire forte, inséparable de celle de l’immigration. Toutes les deux sont nées d’une utopie, toutes les deux sont tombées en désuétude. Ces grands blocs rectilignes aux toits toujours plats, ces modules enchevêtrés particulièrement présents à Évry rappellent immanquablement les constructions du Maghreb que Karim Kal a déjà parfaitement capté avec Cités d’urgence, images d’Alger prises en 2006. Un personnage comme Le Corbusier à qui l’on a confié la construction de nombreux grands ensembles revint certainement très inspiré de ses voyages en Algérie. La France a beaucoup puisé dans ses colonies, et ce sont ces anciens colonisés et leurs descendances que l’on retrouve aujourd’hui en majorité dans ces cités.

Par Aurélien Pelletier

Contact :

Sandra Nakicen
15 bis, rue de la Thibaudière, 69007 Lyon

Mail : contact@sandranakicen.com
Tel : 06 09 72 72 68
www.sandranakicen.com

Ouvert du mercredi au samedi de 14h à 19h
et sur rendez-vous